La première fois (d'Esculape) que j'ai eu la honte de ma vie
Quand je vous disais que ma série des hontes avait des vertus psychanalytiques... Lisez le récit du docteur Esculape, à la fois drôle dans le visuel et touchant sur le fond, et vous en serez définitivement convaincus.
Tout le monde n’a pas la chance d’avoir des parents communistes, nés et vivant dans le même quartier que leurs arrière-grands-parents, responsables associatifs. Connus et reconnus de tous. Tout le monde n’a pas la chance d’être élevé selon des valeurs de partage, d’entraide et de solidarité. Tout le monde n’a pas été inscrit à l’amicale laïque du quartier, à jouer au foot tout le mercredi à s’en rendre ses genoux cagneux. Surtout si son père est le représentant local, le Coco comme ils disent sur la place du Marché, le vendeur du muguet du 1er Mai.
Ainsi, le monde associatif a toujours été présent à la maison et la date à ne surtout pas manquer était, sans doute, la kermesse de mi-juin, la fête de l’Ecole, la fin de la saison de foot, l’occasion de faire la fête dans les rues, de boire des bières à un prix défiant toute concurrence. Notre Fête de l’Huma sauce provinciale.
Papa était à la buvette, Maman forcément à la cagnotte, Mamie à la pêche à la ligne, Mémé avec son filet garni à gagner par tombola. Et nous livrés à nous-mêmes avec notre petit pécule pour gagner billes, ballon gonflable et tube à fabriquer des bulles de savon.
C’était surtout l’occasion d’un défilé de quartier de tous les enfants, déguisés bien sûr. On redoublait d’invention, on défilait par classe, au pas des majorettes et des tambourins de la fanfare. La fin de l’après-midi, avant le bal, était marquée par le concours des plus beaux déguisements.
Avec mon Frère, on avait déjà gagné deux fois. Le couple Schtroumpfant avait été un succès dès nos 4 ans. A noter que ma mère avait décidé de me grimer en Schtroumpfette, ce qui apparemment ne me faisait guère plaisir. A posteriori, le choix était tout de même bizarre, travestir un enfant. Soit. J’étais enfant.
L’année suivante, rebelote. On portait fièrement la moustache et le glaive. Mon Frère portait, malgré la chaleur étouffante, des tonnes de serviettes pour qu’il ressemble parfaitement à notre bon Obélix. Moi le gringalet d’à côté était le piètre représentant d’Astérix, fidèle guerrier envers ses envahisseurs de Romains.
Enfin, mon entrée au CP signait un moment d’émancipation, je me rappelle grogner contre ma mère qui souhaitait me voir en Indien, car le costume de mon Frère en cow-boy lui allait à merveille. J’avais refusé, protesté, et finalement gagné, mon mauvais caractère légendaire ayant encore fait des siennes. Je décidais alors de me déguiser en papillon. Symbole d’envol et de liberté, de chrysalide,de transformisme... Mais le Jury, cette fois, ne fut pas indulgent.
Devant l’assemblée réunie, un quartier rassemblé pour la fête, les juges décidèrent de me laisser dans la catégorie des ... filles, qui ne rivalisaient pas face à mon costume.
Première honte. Honte personnelle, pleurs, esseulé loin de mon Frère, différent. Je ne comprenais pas les réactions des adultes, leurs rires, les moqueries et les quolibets.
Honte familiale, mon père rouge pivoine, face à son fils « étrange ». Ma mère décontenancée, m’arguant qu’elle avait eu encore raison. Refusant de me réconforter face aux plaisanteries douteuses de la foule. J’étais un garçon et j’avais choisi d’être ce que j’étais. Et de le cacher pour bien longtemps, jusqu’à ma fuite dans la Capitale.
Je n’ai pas gagné, et depuis je n’aime guère me déguiser.
Etait-ce un signe prémonitoire de ma différence ? Un discret appel à mon homosexualité ? Toujours est-il qu’il a fallu ce thème de Fcrank pour dépoussiérer cette histoire bien enfouie.
Pourquoi avais-je choisi le papillon ?
Pourquoi ai-je choisi cette voie ?
Pourquoi ?


Mon cher Esculape... Si seulement on savait pourquoi! J'assume mon homosexualité depuis des lustres et je ne saurai jamais pourquoi je préfère les mecs aux filles. C'est un constat, c'est un fait. Je ne sais pas d'où ça vient, je ne pense pas que ce soit dans les gènes ou dans l'éducation reçue. Alors je fais avec! Et je me dis que sincèrement, y a vraiment pire dans la vie!...
Rédigé par: Chameaudaire | le 31/08/2007 à 16:32
Cela m'étonnerait que l'on puisse choisir. Je suis née fille, je suis née hétéro, j'aurais pu naître garçon (ah faire pipi debout et ne pas devoir attendre l'hypothétique toilette au bord de la route) et j'aurais pu être gay. Lorsque j'étais enceinte je n'avais qu'une trouille c'était que mes enfants naissent malades, je n'avais pas d'angoisse au sujet de leur sexualité parce que tout comme on peut avoir une fille ou un garçon, on peut aussi avoir un enfant hétéro ou un enfant gay et cela ne change rien à l'amour que l'on aura pour eux.
Rédigé par: Valérie de haute Savoie | le 31/08/2007 à 23:24
Tiens, moi c'est en fée que je me suis déguisé plus jeune. :)
Rédigé par: mich" | le 03/09/2007 à 15:26
Trop mignon!
Moi, j'ai attendu 43 ans pour mettre une perruque sur ma tête d'"Abruti" et faire ma Dalida. Et c'est trop tard pour être mignon, maintenant. :o)
Rédigé par: MarcelD | le 14/09/2007 à 14:20