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La première fois (de Parapluie) que j'ai eu la honte de ma vie

On continue dans la honte. Aujourd'hui, celle de Parapluie qui n'est pas parvenu à s'en abriter (ahahah). Un récit qui m'évoque un peu Clarisse Starling et ses agneaux...

Blogparapluie

J'étais enfant. Deuxième année d'école maternelle. Tous les ans étaient organisé un voyage scolaire au Château de Chevenon. Je ne sais pas où c'est, et je ne veux pas le savoir. Les mecs qui ont restauré le château ont tout compris au business, puisqu'il y avait une ferme à côté. En plus de visiter le site historique, chaque gamin de chaque école bourguignonne avait le droit à une petite heure de tripotage de chèvres avant de retourner dans son village. Et puis la fermière, en tout cas la dame qui était habillée en fermière (à cet âge là, on ne voit pas de différence. Il suffit de grandes oreilles pour que le gamin voit un Mickey) apportait des verres de lait. On devait n'être que deux ou trois dans la classe à être parfaitement sevrés, et le reste de la marmaille se jetait sur le liquide blanchâtre avec véhémence.

Moi, je n'aimais pas le lait. Ca me faisait "porter au coeur" comme on dit par chez moi (chez les bouseux). Alors, avec mes camarades sevrés, on est allé se balader dans la cour, puis dans le pré. Il y avait un trou dans l'herbe, de deux mètres sur trois peut-être, qui devait supporter quelque chose parce que des bouts de bois étaient placés par dessus. Voilà une nageoire qui nous servirait de terrain de jeu. On a fait de l'équilibre sur les poutres, au dessus de la boue. On devait avoir perdu le sens de l'odorat, à l'époque. Parce que ce n'était pas de la boue. C'était du pipi de chèvre mélangé à du caca de chèvre. J'ai eu la confirmation quand mon pied a dérapé. J'ai fermé les yeux. J'ai senti que je m'enfonçai. Alors j'ai roulé, roulé, roulé pour me sortir du tas de "boue".

Mme Renard, la maîtresse des Moyens, a accouru. Elle ne m'a pas touché tellement j'étais crado. Je puais. Tous les autres sont restés avec la fermière. Ils regardaient de loin. Mme Renard m'a ramené en me tenant par un coin de mon t-shirt indemne. La fermière a dit un truc du genre qu'elle comprenait pas. Je n'allais pas lui refaire une démonstration de mes talents de plongeur dans la merde pour qu'elle comprenne comment c'est arrivé.

C'est à cet âge que j'ai découvert que lorsque les adultes étaient contrariés, ils disaient ne pas comprendre.

Je savais que ma maitresse était prévoyante, que les enfants faisaient souvent des trucs crados. Et à chacun de nos voyages, elle apportait des affaires de rechange,dont j'ai eu la chance de bénéficier. Seulement,il a fallu me laver. La fermière m'emmena dans un coin de la cour, légèrement en retrait du reste de la classe. Je savais qu'il y avait des curieux qui regardaient. Elle m'a lavé au jet d'eau pour enlever le plus gros. Et puis j'ai oublié. M'a-t'elle conduit chez elle pour me laver à l'eau chaude ? Je ne sais plus.

Quand je suis réapparu en habits propres, les autres de l'école ont fait comme si de rien n'était. Seulement, quand je m'approchais d'eux, ils s'écartaient. Comme si leur petit cerveau d'enfants de bouseux avait imprimé l'odeur et qu'ils s'imaginaient que je puais encore.Ou que peut-être,s'ils s'approchaient trop, alors l'odeur inodore de merde allait les toucher eux aussi,et qu'ils perdraient leurs amis.

Cette honte n'est pas très drôle. Elle réunit tout ce que je déteste : une communauté, du caca et de l'impudeur.

Demain, la première fois de (TacTac*) que j'ai eu la honte de ma vie.

Commentaires

Mais maintenant, je suis vaillant et fort ! (voire célibataire, qui sait ? mdr)

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