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La première fois (de Gilda) que j'ai eu la honte de ma vie

La féminisation de mon blog se poursuit grâce à la honte de Gilda - avec des notes de bas de page en plus !

Blog_gilda

Ma première honte fut fort tardive mais elle s’est bien terminée (en fait au moment même où j’en eus la révélation) donc elle fut brève mais très intense, de l’ordre de la panique incommensurable de qui a fait la gaffe absolue. Dieu ou qui veut bien merci, il n’y avait que deux témoins, et ils n’étaient présents que par messageries interposées.

Elle est récente, c’était en 2003, peu avant l’été.

Pour qu’elle soit compréhensible il me faut expliquer que dès que de mes heures je peux disposer, je suis quelqu’un qui lit sans arrêt (ou qui écrit mais c’est plus récent). Et que quand un livre me passionne je n’ai de cesse que de le partager avec tous ceux et celles à qui il pourrait parler. Certain(e)s s’en sont lassé(e)s, d’autres au contraire viennent me demander conseil comme si j’étais leur libraire attitrée. Ce n’est hélas pas mon métier.

J’avais un saint principe et qui était de ne jamais recommander à qui que ce soit un livre avant de l’avoir moi-même lu en entier. Mon expérience de lectrice, certaines déceptions d’ouvrages qui promettaient puis s’effondraient en cours de route ou d’autres au suspens mortel (1), m’avaient rendue prudente.

A l’époque, je participais fréquemment aux rencontres virtuelles entre lecteurs et écrivains qu’organisaient le (hélas défunt) site « Mauvais Genres ». En vue de l’une d’elle, j’avais reçu un livre en légère avant-première, il s’agissait d’un roman d’anticipation dont je ne connaissais que depuis peu l’auteur (via des échanges sur le site, nous ne nous étions donc alors jamais encore vus). Toute heureuse, malgré la fatigue d’une journée de travail, je me précipite à commencer du livre la lecture à peine les tâches ménagères et familiales accomplies (2). Je suis dans mon lit, je savoure les mots et les phrases, l’histoire qui se dessine, les personnages déjà attachants, et page 44 (3) je bondis sur mes pieds et file dans ma cuisine (4) envoyer un mail à ma meilleure amie, ce livre est une pépite de l’ordre de celles qu’on aime.

En fait je n’en sais rien, nous avons beau échanger sans arrêt au sujet des bouquins depuis 4 ans qu’on se connaît, je ne sais pas si la science-fiction dont par manque de temps je suis peu lectrice, fait partie des genres qu’elle goûte à l’occasion. Mais je sais que ce livre-là elle ne peut pas ne pas l’aimer, qu’il faut qu’elle le lise, que c’est important (urgent ?). J’envoie le message le plus enthousiaste que j’aie jamais écrit au sujet d’un roman, tout en précisant que je le commence à peine mais que je vais avoir un mal fou à le lâcher.

D’habitude c’est plutôt elle qui m’en conseille, elle est écrivain de métier, moi informaticienne, grâce à elle j’ai découvert le meilleur de la lecture. Je suis contente de tenir une occasion de l’en remercier par une réciproque. A part les circonstances fort différentes de nos vies, elle est né française et bourgeoise quand je suis à demi-étrangère et de ma banlieue, est aussi blonde que je suis brune, nous nous ressemblons profondément et sommes d’une même génération. Toutes deux mères de famille, elle de 3 enfants et moi de deux. Son petit dernier, né d’un second mariage, a presque le même âge que le plus jeune des miens.

Le message envoyé, je retourne à ma lecture. Je ne lâcherai le livre que vaincue par le sommeil, le reprendrai à peine réveillée, c’était un samedi ça tombait bien, et le terminerai d’un trait.

Encore plongée dans l’histoire lue, et par l’esprit en compagnie des personnages et à l’époque anticipée, 43 ans plus tard qu’à l’heure de ma lecture, j’ouvre distraitement mon ordinateur, me connecte, jette un oeil à ma messagerie, m’aperçois que l’amie sans tarder m’a répondu, me dis, tiens, peut-être qu’elle connaissait déjà le bouquin, ouvre tranquillement son message.

Et entre en apnée. Bouche bée. 

Par une phrase pleine de tact, elle m’indique délicatement que l’auteur du livre n’est autre que le père de ses deux aînés, ajoute que je suis la deuxième personne à lui avoir fait le coup du rapprochement spontané, et conclut par un « on s’entend bien » qui me permet de me souvenir que pour vivre on doit respirer (c’est même conseillé).

Mis au courant l’auteur et père en avait bien ri et cette « gaffe » d’anthologie avait plutôt resserré nos liens, mais quand j’y pense, j’en rougis encore. La honte mortelle n’était pas passée loin.

(1) par exemple recommander à une amie qui attend un bébé un livre dont on trouve qu’il évoque bien la grossesse mais dont il s’avère au dernier chapitre que le récit débouche sur un cas de folie parentale avec assassinat final de la progéniture engendrée. 

(2) c’est-à-dire quand même déjà un peu tard.

(3) ce n’est pas un chiffre lancé pour sa beauté, c’est vraiment page 44, je m’en souviendrai tout mon temps de reste

(4) mon bureau de maison est ma cuisine, l’ordinateur y est à demeure, plus souvent allumé qu’éteint les jours où je suis dans la place.

Demain, la première fois (de Petite Luna) que j'ai eu la honte de ma vie.

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