La première fois (de Artypop) que j'ai eu la honte de ma vie
Après les hontes de moi [je sais, quand on est poli on se met en dernier, mais là je suis l'ordre chronologique], Jonas, Rouge-cerise, Se non è vero, About nothing, Gauthier, Les Tamaris, Kitt, Patapouf, Peio, Mamaisonpleinederats, Marina, Margondin, Ninouch, Boulba, Ioio, Chondre, Matoo, MarcelD, Bertrand, Parapluie et TacTac, Ladies and Gentlemen, voici celle d'Artypop, qui n'a pas la langue dans sa poche [blague à 2 balles compréhensible après avoir lu ce qui suit].
Je lis les « premières fois » depuis un moment, et même si je ne crois pas en avoir commentées, l’envie d’y participer me taraudait. J’ai hésité entre deux « hontes de ma vie » qui datent de la même année : un mardi-gras qui finit mal et une expérience de l’extrême. J’ai préféré la seconde, plus universelle et qui porte en elle un véritable message d’amour et de bon sens. Quoi qu’il en soit, venons en au fait.
J’avais huit ans et nous étions au mois de décembre. Mes parents étaient divorcés (ils le sont toujours, d’ailleurs) et, comme tout enfant de divorcés, un week-end sur deux, j’étais chez mon père ou chez ma mère. Ce week-end-là, en l’occurrence, c’est le tour de mon papa. Comme il ne sait pas vraiment quoi faire de ma grande sœur et de moi, il nous emmène au cinéma du Forum des Halles pour voir le film « A Christmas Story ». C’est l’histoire d’un petit garçon qui veut un fusil pour Noël, mais ses parents trouvent que c’est trop dangereux et lui offrent un costume de lapin. Le reste du film parle des crasses que se font les gosses à l’école.
Entre autres, ils arrivent à convaincre un de leurs copains de mettre sa langue sur un poteau métallique en plein hiver pour voir si elle se colle dessus. C’est bien sûr le cas, tous les élèves retournent en classe et le gamin reste scotché au poteau jusqu’à ce que l’institutrice s’inquiète de son absence. On retrouve l’enfant, les pompiers arrivent et décollent sa langue atrophiée.
Seulement, moi, je suis du genre Saint Thomas, alors je n’y crois pas. Je m’en ouvre à ma sœur qui me traite d’abruti (nous nous aimions tendrement à l’époque).
Deux mois plus tard, me voilà aux sports d’hiver en pleine cambrousse suisse. Une petite station vers 1 600 mètres d’altitude. Tous les jours, on remonte nos skis vers le petit chalet en bois, et tous les jours je vois ce poteau au centre d’une épingle à cheveu qui me tend les bras et qui me susurre à l’oreille : « Viens donc voir par là ». Un soir, alors que je descends au village pour acheter je ne sais quoi, je le regarde du coin de l’œil. Et je me dis : « Ne serait-ce pas là l’occasion rêvée de mettre fin à ce doute qui me ronge et de vérifier par l’expérience ce que je sais : il n’y a aucune chance que ma langue ne reste collée à ce poteau ». Je m’approche, tend ma langue et, avec une rigueur scientifique, applique mes délicates papilles humides sur le métal glacé. « Ah, ah », me dis-je, « voilà qui prouve bien ce que je savais, je m’en vais raconter ça de suite à ma sœur ». Et je m’apprête à retirer ma langue du poteau, fier de pouvoir prouver mes compétences intellectuelles supérieures à celles de mon aînée.
Sauf que ma langue ne bouge pas. Elle est collée au poteau. Et je suis comme un con en plein milieu de nulle part, aucun passant autour de moi, avec ma belle langue rose qui a gelé en quelques secondes sur le grand poteau métallique.
Et là tout va très vite parce que je panique. Avec mes mains, je tire sur ma langue qui finit par céder non sans laisser un héritage sur ledit poteau et qui commence à pisser le sang. Dans ma tête, il n’y a qu’une phrase qui tourne en boucle : « je suis trop con, je suis trop con, je suis trop con ». Je cours en pleurant vers la chalet pour y trouver le réconfort dont j’ai besoin. Sauf que, là-bas, il y a ma mère, mais également mes cousines, ma tante, ma grande sœur et plusieurs amis de la famille. Toujours la même phrase : « je suis trop con, je suis trop con ». Je frappe à la porte, elle s’ouvre, ma mère me regarde, j’ai la bouche en sang. Incapable d’articuler autre chose, la langue pendante, les yeux embrumés de larmes, je lui répète : « je suis trop con ».
Au départ, je pense qu’elle est un peu horrifiée, mais là, ma grande sœur arrive, comprend tout et éclate de rire en expliquant ce qui a dû se passer. Tout le monde vient me voir et se fout copieusement de ma gueule, alors que je saigne comme un cochon. On me fait rentrer, on me lave, cousines et invités se moquent de moi et là, je ne veux plus qu’une chose : mourir sur place, me désintégrer.
Ç’aurait pu être la honte d’un instant, un mauvais moment à passer, juste un passage embarrassant de ma vie, mais non... Car, aujourd’hui encore, à chaque fois que je présente une nouvelle relation à ma famille, que ce soit l’amour de ma vie ou un copain, il y a systématiquement quelqu’un autour de moi qui raconte l’histoire en intégralité. Je deviens alors rouge comme une pivoine avec l’étrange sensation lorsque la chute de l’anecdote arrive d’avoir juste un peu l’air con.
Et finalement, le vrai drame de cette histoire, c’est que je ne peux tout simplement plus y échapper.
Ma musette de hontes est vide / écris moi ici (à ma nouvelle adresse gmail so geek) si tu veux la remplir.



J'adore cette rubrique... et les autres aussi !
Et je m'y suis collée... Je viens de t'envoyer un mail de geek...
Rédigé par: Gi | le 19/07/2007 à 22:25
J'aime beaucoup cette rubrique... Sur mon blog, il y a une rubrique premières fois aussi... Mais moins fournie que la tienne!
Je t'en livre une: Mon premier fantasme ;-) C'est ici: http://l-avisdeditom.hautetfort.com/archive/2007/02/03/mon-premier-vrai-fantasme.html#comments
Rédigé par: Ditom | le 20/07/2007 à 11:35
Gi> bien reçu :-)
ditom> la première fois devient un marché concurrentiel :-p
Rédigé par: fcrank | le 20/07/2007 à 11:49