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La première fois (de Rouge-cerise) que j'ai eu la honte de ma vie

Quelque part, je dépucèle Rouge-cerise. Non pas qu'il m'ait attendu pour voir le loup, ne vous méprenez pas. Non, c'est son tout premier blog-crossing. Je suis tout ému d'être sa première fois. D'autant qu'il nous raconte un traumatisme d'enfance peu enviable... (d'un autre côté, à l'école, j'aimais bien quand ceux qui la ramenaient un peu trop se faisaient rembarrer en cas de grosse connerie !). Je partage en tout cas sa déception finale. Mais lisez plutôt (je le fais bien hein ?).

[Demain, la première fois (de Se non è vero) que j'ai eu la honte de ma vie]

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Rougecerise Le plus loin que je me souvienne, c'était en CP. J'avais la meilleure maîtresse de l'école, mes parents étaient très satisfaits. D'ailleurs,c'était une classe de CP-CE1. J'étais du côté droit de la classe, vers les fenêtres, car à gauche, c'était les CE1. J'étais très fier d'être en CP, j'allais apprendre à lire et donc, rattraper mon aîné sur le terrain de la connaissance. J'allais aussi apprendre à compter, mais ça ne m'impressionnait pas plus que ça. Pouvoir lire « piou piou le poussin » et les « j'aime lire » de mon frère, ça, oui, c'était la classe. L'arithmétique, par contre, ne semblait pas vraiment utile. Pourtant, j'écoutais et j'emmagasinais les tables que répétait l'aîné pour les apprendre. Ainsi, j'étais en avance sur les autres. J'étais très fier de savoir que le mot « multiplication » existait.

Un après-midi où nous avions l'apprentissage des chiffres au programme, la maîtresse commença à introduire l'idée de l'addition à nos petits cerveaux chétifs. Elle nous expliqua donc que ça permettait de mettre ensemble les pommes, mais que si on mettait ensemble les pommes et les poires, ça n'allait pas, sauf si le résultat souhaité était le nombre de fruits. Inutile de préciser que c'était nébuleux. Je préférais largement b+a, ba, b+e, be, etc… Lorsque soudain, j'entendis le mot «table d'addition » suivi de « quelqu'un en a-t-il déjà entendu parler ? ». Mon petit cerveau (chétif, faut il le rappeler ?) associa les mots, et je décidai qu'addition ou multiplication, c'était sans doute pareil, et puis, c'était l'occasion de sortir ma science. Avec une fierté qui n'avait d'égale que mon assurance, je levai la main, pris la parole et expliquai à l'assistance médusée par mon savoir qu'avec les tables d'addition, on savait que par exemple, 0 + 9 était égal à 0, et que quel que soit le chiffre avant le 0, le résultat était 0.

« Ah, non, pas du tout : si tu ajoutes 0 pomme à 2 pommes, il en reste 2, pas 0 ». La lucidité de la maîtresse m'écrasa comme une montagne aplatirait une misérable fourmi présomptueuse. Et si j'avais pu creuser pour me cacher encore plus bas que sous la table, j'aurais sans doute découvert un puit de pétrole. Ou fait surface en Chine. Au moins.

La honte. La honte totale, devant toute la classe et la première dont je me souviens. L'effondrement cataclysmique de ma supériorité intellectuelle sur tous les autres crétins qui m'avaient écoutés religieusement débiter ma connerie. L'échec absolu, la victoire du rationnel sur ma certitude. Et ce n'était que le début. Dans les années qui suivirent, ma certitude enchaîna défaites et déroutes, jusqu'au waterloo final : je n'aurais jamais de superpouvoir, et je ne serais jamais le maître de l'univers intergalactique. Dommage.

Commentaires

C'est terrible tous ces moments on aurait simplement du rester silencieux...

Bah tu t'en sors pas trop mal. Ca aurait pu être un autre élève au cerveau chétif qui te fasse la démonstration de ta crétinerie :o)
Alors que là, c'est la meilleure maîtresse de l'école!

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