Bon Zazie, c'était très chouette.
Passons à l'essentiel : mon problème de gouines.
La première a débarqué un peu avant que le concert commence. Sans gêne, elle s'est frayée un chemin parmi une centaine de personnes ayant déjà pris place dans la fosse, et elle s'est positionnée juste derrière moi. J'ai senti son gros sac à dos, qu'elle avait sur le ventre, me rentrer dans les fesses. Je me suis retourné, j'ai vu le phénomène (petite, bien en chair, les cheveux bruns coiffés en brosse, limites rasés mais les sourcils épilés, un peu Bécassine au look militaire) et je lui ai dit avec un sourire : "tu me colles là".
Elle n'a pas vraiment pu me répondre étant donné que le couple (pas très funky il est vrai) devant qui elle avait pris place a commencé à se rebiffer face au comportement cavalier de la donzelle. Elle nous a répondu à tous : "On l'aime tellement notre Zazie, il faut être solidaires" et je me suis demandé si elle se payait pas un peu notre tête. Mais comme j'aime bien le mot solidarité (je vote à gauche), j'ai juste fait remarquer que la solidarité avait parfois bon dos.
Comme le Monsieur du couple avait, lui, voté Sarkozy, il a continué à râler. La fille l'ayant tutoyé, il lui a rappelé qu'ils n'avaient pas élevé les cochons ensemble et qu'il s'opposait à cette forme de familiarité. La fille a répondu, avec une gouaille qui m'a arraché un sourire :
"Ohlala Monsieur, s'il vous plaît, il se prend pour Napoléon".
Sa copine, une petite blonde sèche décolorée-tatouée-anisée (au pastis) et en marcel (du style petite camionneuse du Tango) est venu la rejoindre : "Allez Zaza, viens, on retourne à l'arrière". Et finalement, elle est restée avec elle, car évidemment on voit mieux quand on est près de la scène... Re-fritage avec Napoléon, qui visiblement goûtait mal le peu de scrupules des deux dames à s'imposer.
Le concert a commencé et les deux camionneuses ne brillaient pas par leur discrétion : soit elles beuglaient les paroles des chansons plus fort que Zazie (Zazie-avec-micro je précise, sinon de mauvais langues diront que ce n'est pas un gros défi), soit elles commentaient ce qui se passait sur scène avec leur voix puissante. Je me suis retourné :
"Excusez-moi de vous demander pardon, mais auriez l'extrême obligeance d'éviter de conter fleurette pendant que l'artiste se produit sur scène, afin que tout un chacun puisse apprécier la représentation sans trouble auditif". (je reformule un peu, toujours est-il que sur le fond j'ai été ferme mais très courtois - ou l'inverse).
Ca ne les a pas calmées bien longtemps. L'alcool aidant (leur haleine éthylique semblait aspirée par mes narines, déjà éprouvées par la brise au doux parfum de transpiration soufflée dans ma direction par un pédé grassouillet s'éventant), les deux comparses ont ressenti le besoin d'extérioriser leur bonheur de voir la belle Zazie. Chaque morceau était ainsi conclu par de distingués : OOOOOOOOOOOOOOUUUUUUUUUUUAAAAAAAAAAAAAAAAAAIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIISSSSS, assez proches du rot et d'autant plus agréables qu'ils me semblaient directement hurlés dans mes tympans. On n'a évidemment pas échappé aux sifflets les deux doigts dans la bouche (le summum de l'élégance chez une femme, selon moi).
Je fulminais mais je me retenais. "Franck, tu es de gauche", me disais-je, "tu es tolérant, tu aimes ton prochain, surtout s'il vient du peuple. Prends sur toi !".
Mais quand elle ont commencé à hurler des "YIIIIIIIIIIHA" façon western, là ce fut trop. Gauche ou pas, faut pas déconner !
La classe et l'élégance appelant une réponse subtile et distinguée, je me suis retourné et leur ai asséné un violent :
"VOS GUEULES !!!"
Ben ça les a bien calmées jusqu'à la fin du concert.
En revanche, quand les lumières se sont rallumées après l'ultime chanson ("ça", très beau), la petite blonde (sans doute en manque d'alcool après 2 heures de concert) est devenue hystérique, alors que moi j'avais retrouvé mon flegme d'origine. En gros, je lui avais manqué de respect, on était en démocratie, si j'étais pas content j'avais qu'à rester chez moi ou voir le concert en DVD, y'avait ses potes qui l'attendaient à la sortie et qui allaient me péter ma gueule et celle de mon mec (c'était mon frère !!), que ça allait pas se passer comme ça, que j'avais l'air péteux maintenant, et que, au final, je méritais d'aller me faire sodomiser (de mémoire, elle l'a dit plus vulgairement). C'est Zaza qui a dû la calmer car on ne l'arrêtait plus.
Evidemment de potes il n'y en avait pas (mytho en plus !) et on a vu Zaza s'éloigner avec sa copine qui continuait de se prendre la tête toute seule et à ruminer des insultes.
Mine de rien, cette histoire m'a affecté. Sans nul doute, j'ai eu affaire à deux femmes ivres, d'une bêtise crasse, irrespectueuses, probablement dotées au surplus de sérieux problèmes psychologiques. Au moins. Mais je n'ai pas aimé ma réaction, ce "Vos gueules" teinté d'agressivité contenue. Et moins encore ce sentiment de supériorité sociale qui m'a étreint. J'ai destesté cette fugace forme de mépris que j'ai ressenti envers ces deux pauvres filles connes et moches, tandis que les deux lesbiennes chics qui se trouvaient à ma droite, très belles, tout en sourire et émues par les chansons, m'inspiraient une tendre bienveillance. Non, je ne m'aime pas ainsi.
En aucun cas, il ne s'agit de gouinophobie. Je crois juste que je n'aime pas les con(ne)s.
Et les gens qui puent aussi (le pastis, la transpiration, le rat crevé).
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