La première fois que j'ai eu la honte de ma vie
Parmi toutes les hontes de ma vie (j'en ai déjà mentionnées quelques unes sur mon blog : ici ou là par exemple, sans oublier celle-ci), celle qui m'a le plus marquée est sans doute la suivante.
J'avais 13 ans. J'étais fou amoureux de Sabine R., une fille de ma classe que je trouvais tellement belle (malgré ses bagues transparentes aux dents) et rigolote que j'en perdais tous mes moyens dès qu'elle m'adressait la parole ; que j'en perdais tout naturel à chaque fois que j'essayais d'attirer son attention.
13 ans, ce n'est pas l'époque de ma vie où j'ai été le plus "populaire"... loin s'en faut. J'avais grandi plus et plus vite que la plupart de mes "copains". J'étais tout maigre, tout déguingandé, tout pas bien dans ma peau. Forcément, les mecs "cools" du collège Offenbach (Grégory J., Frédéric N., François-Xavier M.) me trouvaient assez "nul". En plus, eux avaient déjà du poil au zizi, alors que moi je n'étais pas encore pubère. Bon, je m'égare. Toujours est-il qu'il était pour moi hors de question d'avouer ma flamme à la belle Sabine R., car c'était la garantie de passer pour plus nul encore que je ne l'étais.
Un jour j'ai eu le malheur de parler à ma mère de ladite Sabine R. Plus précisément, à un déjeûner dominical avec des amis de mes parents, ma mère a déclaré et demandé : "Franck, il n'a pas encore de copine, n'est-ce pas, Franck ?".
Je suis devenu cramoisi et, tout bafouillant, j'ai répondu que "si j'ai une copine", de toute bonne foi car j'avais interprété le mot "copine" comme signifiant "amoureuse", et même si Sabine R. n'était a priori pas amoureuse de moi, et bien moi je l'étais d'elle, bref, CQFD, j'avais une copine (à l'époque j'étais très mauvais en démonstrations). Forcément, je me suis fait cuisiner pour cracher tous les renseignements sur ma "première petite copine". Sabine R., brune, yeux verts, dans ma classe mais elle fait anglais première langue, et patati et patata.
Les semaines ont passé et, pour éviter qu'à la maison on me questionne sur Sabine, j'avais interdit à quiconque d'en parler. Et puis un jour, ma mère, sous un prétexte bidon, a appelé Madame R., la mère de l'élue de mon coeur. J'ai voulu l'en dissuader mais ma mère est inarrêtable lorsqu'elle a une idée en tête, et surtout lorsqu'elle a de la curiosité à satisfaire. Je me suis posté à la porte pour écouter la conversation téléphonique. Après quelques banalités, j'ai entendu ma mère dire :
"Ah vous savez, Madame R., je crois nos enfant s'aiment beaucoup. Mais Franck ne veut rien nous raconter ! D'ailleurs, il nous interdit de prononcer le nom de Sabine à la maison !".
En entendant ça, je crois que je suis passé par toutes les couleurs de l'arc en ciel (vert et rouge surtout). J'ai senti une chaleur moite imprégner chaque cellule de mon corps et remonter jusqu'aux joues. Un sensation à ce point désagréable qu'elle s'est incrusté profondément dans ma mémoire et qu'aujourd'hui encore je me souviens de ce que j'ai ressenti à ce moment précis. J'ai voulu pouvoir faire corps avec la moquette de l'appartement. Et découper ma mère en rondelles également. Avec un couteau tranchant mais pas trop non plus.
Le lendemain, j'ai feint d'être malade pour ne pas aller au collège. La honte au corps, j'ai dû finir par y retourner. Pendant deux mois, je n'ai pas osé regarder Sabine R. en face, et moins encore lui adresser la parole. J'avais l'impression que l'ensemble du collège était au courant. J'interprétais mal chaque regard en coin, chaque messe-basse. J'ai tout fait pour faire croire que je n'étais pas intéressé par Sabine.
Depuis ce jour aussi, j'ai cessé de faire des confidences à ma mère. Un psy y verra peut-être un élément fondateur de mon existence...
Voilà, moi c'est fait ! Maintenant c'est à votre tour de partager votre "première fois où j'ai eu la honte de ma vie" !
































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