Il n'a que quelques mois de retard ! Au mois de mai, j'avais ouvert mon blog aux premières fois de mes lecteurs. Etaient passés à la casserole Niklas, Margondin, Floufette, Vlaemsch, Ioio, Wam, Ninouch (tu viens toujours ici ?), Patapouf, Brice-Mathieu, Matoo, Antoine de Chapi-Shownomercy, et Nanaimo de Blog-about-Nothing. Le Dr Esculape (dont le blog est actuellement en panne) m'avait promis son premier toucher rectal, mais débordé qu'il était, il n'avait pu s'en acquitter. C'est désormais chose faite :
[du coup, mon blog demeure ouvert aux premières fois de qui se sent inspiré, n'hésitez pas à me faire parvenir un texte]
Mon premier TR
C'était sûrement il y a plus de quatre ans. A 21 ans. En Mars 2002. Je pavoisais aux bras d’une jeune EIDE mais il me semblait déjà plus intéressant de palper le sillon médian d’une prostate que les profondeurs des culs de sacs vaginaux.
Après un stage infirmier dans le service de cardiologie, où j’ai plus appris à passer la serpillière qu’à pratiquer des ponctions veineuses, j’ai découvert comment manier le stéthoscope en pneumologie. J’ai bien dit manier, dans le sens où le but premier est de ne pas le mettre à l’envers sur les oreilles, cause de douleurs minimes mais de franche rigolade en matant les erreurs de John Carter sur le petit écran.
Lors de mes choix de stages, la règle était de choisir un lieu médical et un service de chirurgie. La sélection était bien mince car les lois des « têtes de séries » m’avaient placé en bien mauvaise position. Mon tour arriva donc. En dernier. Il ne me restait que de l’urologie. Et je serais seul en plus... Pris en charge par une chirurgienne, dont la singularité était de nommer chaque externe par le joli sobriquet de « raton-laveur ». Allez savoir pourquoi !
Ce stage ne m’enchantait guère. La population de ce service est réputée vieille, incontinente – si bien qu’on le surnomme simplement « pipi-caca » - et franchement malade, avec des séniors en fin de vie, pour la plupart victimes du pendant féminin des cancers hormono-dépendants, l’adénocarcinome de prostate.
L’accueil du premier jour fut excellent. Bien que perdu au milieu des abréviations (TR, TV, SAD et autre REUP) qui foisonnent dans notre jargon, les internes m’initièrent rapidement aux blagues grivoises qui font légion en chirurgie. Et à la boite à caca. Ou camembert à TR (prononcé « té-air » et pas « Tre » !). Un moyen pédagogique de comprendre le toucher rectal. Le geste à savoir faire. A comprendre et à maîtriser. Avec tact et douceur (rassurez vous, cela est moins pénible qu’un prélèvement urétral). Ce qui ne semble pas me caractériser vu la taille de mes phalanges et la longueur de mon index. Conseil judicieux de l’interne : ne pas aller jusqu’au bout !
Une fois la théorie assimilée, je me dirige vers la première chambre avec la chirurgienne. On se présente rapidement. Le patient, un homme dégarni, âgé, maigre, sondé, valide et autonome, est à J+1 de l’intervention. Dr A. lui explique la raison de ma présence. Il accepte sans sourciller. Je me prépare. Main gantée taille 8. Vaseline xylocaïnée au bout du doigt. Essuie-mains pour effacer toute trace de mon passage. Et je fonce.
Il s’est déjà mis en position. Décubitus dorsal, jambes écartés, et testicules pendantes jusqu’au sphincter anal. La première impression est l’inspection. Pas de condylomes, pas de fissures visibles. Puis l’introduction de l’index, pour vérifier le tonus du sphincter, pour objectiver la présence de matières fécales. Et surtout pour évaluer – qualitativement et quantitativement - la prostate.
Je cherche, recule, avance, farfouille ... et je sens que je rougis. Le médecin, sourire aux lèvres, me voit mal à l’aise mais insiste pour que je lui explique en live ce que je touche.
- Ben,... rien !
- Et alors ?
- Il n’a pas de prostate ?
- Bien joué. Exact. Il a bénéficié (NDLR : remarquez la subtilité du verbe. On ne dit pas subir mais bénéficier) d’une prostatectomie radicale.
J’ai examiné quatre autres patients cet après-midi. Et j’ai apprécié. Pas sur le côté scatologique de la chose. Mais sur la discipline et l’excellente formatrice qui m’enseignait. Depuis ce premier contact charnel avec la prostate, je suis devenu un peu un professionnel de la chose. Dommage que notre formation ne nous permet pas de bénéficier de patient « professionnel » (indemnisé pour se faire « doigter » par des externes) comme en Suède.
Et pour les curieux malsains qui pullulent sur le blog de Fcrank et qui se demandent si tout cela influe sur ma vie privée, j’ai la chance de devenir gynécologue et ... d’être ambidextre… mais terriblement célibataire !
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