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La première fois de nanaimo

J'aime bien son blog sur rien. Il m'a dit qu'on était un peu de la même famille bloguesque et ça me va :-)

Voici sa première fois :

La première fois que j’ai été surclassé en first sur un vol long courrier d’Air France

JAirfrance_1e fais partie de ces gens qui voyagent pour le boulot et (pourvu que ça dure) en classe affaire sur les vols transcontinentaux. Le surclassement sur Air France est toujours une bonne surprise qui vous tombe dessus au moment où l’on passe votre carte d’embarquement pour vous dans la petite machine qui la raccourcit et qu’elle se met à sonner. Ca fait toujours comme une petite angoisse, vous vous dites que peut-être vous vous êtes trompé d’avion, ou bien qu’un mandat d’arrêt international à été lancé contre vous par erreur parce qu’un homonyme s’est récemment livré à un crime affreux dans une chambre d’hôtel sordide dans laquelle il a oublié sa carte d’identité et que l’employé du ministère de l’intérieur a, dans la précipitation, édité un mandat incorrect à votre identité, pressé qu’il était de rejoindre ses collègues qui l’attendaient à la machine à café (j’ai toujours eu beaucoup d’imagination, j’ai toujours aimé perdre le lecteur à force de longues digressions aussi farfelues qu’inutiles…)

Le_dernier_nabab Mais non, quand le bidule sonne c’est plutôt bon signe, en général peu après il recrache la carte d’embarquement (burp) et l’hôtesse au sol vous en donne une autre « de première classe » qui a déjà été imprimée à votre nom en lettres d’or, sésame aérien qui vous confère désormais et pour les neuf prochaines heure un statut de nabab.

Le surclassement, on vous présente ça comme une faveur que l’on vous fait, même si la réalité des choses est que l’avion est plein à craquer et qu’on a déjà vendu votre fauteuil business à un autre heureux passager de classe éco tout content de se retrouver en classe affaire par hasard et pour le première fois. Il aura des étoiles dans les yeux devant la largeur des fauteuils, touchera à tous les boutons qui contrôlent l’inclinaison du siège et passera le vol à changer de film et à redemander du champagne. Les autres passagers de la classe affaire, blasés eux comme il se doit, lui jetteront des regards assassins quand il rira trop fort (le champagne sans doute) aux passages comique du film qu’il aura choisi de regarder….

Af_boeing La première fois que j’ai été surclassé en first c’était à bord d’un Paris Miami. Se retrouver en première c’est tout plein de petits bonheurs, notamment celui de dire « salut » au collègue avec qui vous voyagiez au moment où l’on vous indique le chemin vers le pont supérieur du 747. Ce moment est encore plus jouissif si par hasard votre collègue voyage en éco, vous pourrez alors lui lâcher un « bon voyage hein » avec un petit sourire en coin.

Air_france_prem La cabine de première dans un 747 d’Air France, isolée de toute les autres, est comme une petite forteresse de confort, bien plus exclusive que les deux premières rangées de tout autre avion. Si d’aventure un passager des autres classes essaie de s’aventurer dans l’escalier on se verrait assez bien lui jeter de l’huile bouillante pour repousser ses assauts ou a défaut la première cassolette de queue d’écrevisse disponible. Tout n’est que luxe calme et volupté et c’est tellement confortable ici, qu’on a du mal à imaginer qu’à l’étage du dessous dix fauteuils puissent coexister dans la largeur du fuselage.

Ce jour là, vient s’installer à coté de moi un cinquantenaire bedonnant (c’est inouï ce qu’il y a plus de cinquantenaires bedonnants que de top models ou de rock star dans les fauteuils chers des avions).

Il me salue et entame une conversation dont je ne sais pas à ce moment précis qu’elle durera plus longtemps que ce que je suis capable de supporter.

Nous avons affaire à un Voyageur Fréquent, un vrai, un abonné du long courrier, un briscard de la cabine haute contribution.

D’abord il m’explique que lorsqu’on a été surclassé, le savoir vivre consiste à ne pas le dire à son voisin, car en général ça le met en colère car lui il a payé plein pot. Il m’avouera peu après avoir été surclassé lui aussi.

Pendant les deux heures qui suivent, il me détaillera toutes les procédures d’approche de tous les aéroports où il est allé, m’expliquera comment reconnaître au premier coup d’œil un 747/200 du 747/300 ou du 747/400 (il travaille dans le domaine aérien).

Airfrance_caravelle Il fait partie de ceux qui on connu la première classe d’air France à la grande époque quand on s’y empifrait de langouste et de caviar servis par un maître d’hôtel en gants blancs et il regrette cette époque. Du coup il a décidé d’être pénible avec l’équipage. D’abord il se plaint de la marque du champagne (du Feuillatte, non mais vous vous rendez compte ….) avant de faire remarquer à l’hôtesse que le vin dont le menu semble sous entendre qu’il fait partie des grands crus classés ne figure absolument pas sur la liste de la classification de 1855 qui fait foi.

Je décide au bout de quelques heures de me réfugier lâchement dans un sommeil salvateur.

Af_hotesse_europe Depuis il m’arrive de temps en temps d’être surclassé en first, c’est toujours une bonne surprise. Parfois vient s’asseoir à coté de moi un voyageur un peu perdu visiblement surclassé pour la première fois. En général, je lui explique deux ou trois trucs, comme par exemple que le savoir vivre de première classe implique de ne jamais dire à son voisin que l’on a été surclassé, que nous nous trouvons dans un 747 400 et que c’est assez facile à reconnaître d’un 747-300 avec un peu d’habitude, avant de sonner l’hôtesse pour me plaindre de ce qu’il est inadmissible de servir du feuillatte sur Air France, et encore plus en première….

Commentaires

Ouai, ben moi, ma première fois en first, c'était sur un Paris Tokyo à côté d'un homme d'affaire moscovite qui ronflait comme un moteur d'avion (mais plus près). Alors le luxe, calme et volupté, je l'ai pas trop senti passer sur le coup... ;-)

J'adooore !

J'ai adoré, encore, encore, encore des billets comme ça :D

Merci Air France de nous pourrir la vie avec du Feuillatte !!!
Superbre note.

heu... doit-on en conclure que le "voyageur un peu perdu" de la fin a trouvé nanaimo bedonnant ?

bah non je pense pas, ni cinquantenaire, ni bedonnait, c'est une figure de style en fait...

Cela m'est arrivé une fois et je ne pouvais pas y croire. Ce que j'ai apprécié le plus c'est de pouvoir boire des espressos, des vrais, entre Genève et New York. Pour moi c'était le sommet du luxe !

Hello, très sympa ton texte. Je voyage éco sur les transatlantiques et tu m'as fait rever un peu :-)

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