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Le premier "pédéblog" date de 1976

Parfois il écrivait plusieurs notes par jour, parfois il restait muet quelques temps. Il y abordait tous les sujets, n'hésitant pas à passer du coq à l'âne , mais il parlait avant tout de lui et de sa vie assez tourmentée. Son homosexualité était omniprésente. Sa relation ambiguë avec T., son amant, aussi.

GuibertLui c'est Hervé Guibert et son "blog" s'appelait Le mausolée des amants. Journal 1976-1991. A l'époque, le format électronique tel qu'on le connaît aujourd'hui n'existait pas. Les "posts" ont d'abord pris la forme de lettres, avant d'être consignés dans des cahiers (que T. consultait librement) puis publiés.
Je viens d'entamer la lecture de ce Journal. Dès les premières pages, l'analogie avec les "pédéblogs" m'a sauté aux yeux(selon la classification de Matoo, Guibert ferait partie de ces "pédés qui bloguent"). Aucun chapitre, aucune date. De brefs textes (cela va du mot unique à la cinquantaine de lignes) se succèdent, de véritables notes jetées sur le papier, selon l'humeur, l'inspiration ou la souffrance du moment. Quelques sujets récurrents. De nombreuses Herve_guibertréférences à la photographie, au point qu'on imaginerait bien ses clichés accompagner le texte.  Le format papier ne permet pas d'ouvrir les notes aux commentaires des lecteurs, mais leur contenu s'y prêterait bien.
Beaucoup d'introspection sans complaisance, le genre de truc qu'on trouve par exemple. Il parle sans fausse pudeur de sa sexualité, comme ici, sans tabou de ses expériences sexuelles pas forcément glorieuses, qui évoquent à certains égards le supermarché.

Il raconte ses rêves toujours un peu bizarres, comme celui-ci ou celui-là.

Il nous fait part de ses déprimes et de son attirance pour la mort, ce de quoi se rapproche le concept de réincarnation en lapin d'élevage.

De manière récurrente, il décrit des scènes de métro ou d'autobus ; ça aurait pu être celle-ci, celle-là ou pourquoi pas encore cette autre. Et ici encore.

Il écrit parfois pour ne rien dire, et il l'admet, des notes inutiles.

Certains aspects de sa relation avec T. pourraient trouver ici un écho, si la pudeur ne faisait redoutablement obstacle au grand déballage.
Je n'en suis encore qu'au tout début de ce Journal qui se présente à mes yeux comme le meilleur "blog" que j'aie lu, que je dévore à vrai dire. C'est bien écrit, intime, puissant, profond, troublant, parlant, déchirant, grinçant, dégoûtant.
Le Mausolée des amants, c'est l'ancêtre du "pédéblog" - une référence obligatoire pour qui rentre de près ou de loin dans cette catégorie.

Commentaires

Les meilleurs blogs restent quand même souvent ceux qui sont imprimés sur du vrai papier :)

On en avait beaucoup parlé à l'époque , et je l'avais parcouru un peu en diagonale. Il faudrait que je le relise maintenant.

On en avait beaucoup parlé à l'époque , et je l'avais parcouru un peu en diagonale. Il faudrait que je le relise maintenant.

N'empêche que, tout occupé à souhaiter un anniversaire ailleurs, il en oublie ses premières fois... ;-)

Est-ce qu'il l'a écrit pour qu'il soit publié? Je me demande par là si c'est réellement un "blog" c'est-à-dire un faux journal intime destiné à être lu, ou plutôt un journal à la Anne Frank, qui est davantage une irruption dans l'intimité des gens.

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