[Avertissement : certains passages à caractère violent sont susceptibles de heurter la sensibilité des plus jeunes]
Tous ceux qui me connaissent vous le diront. Je suis un garçon calme, posé, réfléchi. « doux » m’a sorti un ex il y a encore deux jours et même, aux dires d’un autre que je soupçonne d’avoir voulu enrober de compliments sa décision de rompre pour la mieux faire passer : « le plus délicat jamais rencontré » – délicat au sens altruiste du terme, pas celui de petite chose fragile, du moins c’est comme ça que je l’ai compris ! Bref, je ne suis pas un méchant, je ne suis pas un violent. Et pourtant…
Et pourtant, depuis quelques semaines, je sens que se réveille en moi une bête immonde assoupie jusque là ; je sens que le côté obscur de la force exerce sur ma personne toute sa puissance d’attraction ; je sens une aversion aveugle monter et prendre le contrôle de mon être. J’ai éprouvé mes premières envies de génocide. Le groupe cible que je voudrais détruire, comme tel, en tout ou partie, au sens de l’article II de la Convention de 1948 pour la prévention et la répression du crime de génocide : les pigeons parisiens.
Certains d’entre eux ont eu la riche idée de prendre pour terrain de jeux (y compris sexuels) la cour intérieure sur laquelle donnent les fenêtres de ma chambre. Le problème essentiel vient du fait que
le pigeon drague et baise dès les premières lueurs de l’aube, quand moi je dors profondément. Et il n’attend même pas le printemps pour ça, contrairement à tout
animal normalement constitué. Tant et si bien que tous les matins, je suis réveillé par des roucoulements malsains, par des battements d’ailes obscènes, voire par des bruits de pas provocateurs sur le rebord même de ma fenêtre. Alors, moi à qui généralement il faut bien vingt minutes entre un difficile réveil et un non moins pénible sortir du lit, je me rue hors de la couette pour frapper sur les vitres et effrayer les impudents oiseaux de malheur. Une fois qu’ils m’ont réveillé, ils partent faire leurs cochonneries ailleurs. Ultime provocation, ils repassent parfois une heure plus tard, des fois que je me sois rendormi.
Ce matin, quand je les ai entendus, le fleuve souterrain de la haine a de nouveau grondé en moi (oui, j’aime les métaphores). J’ai eu envie de transformer ma cour intérieure en Sologne pour chasseurs avinés (j’aime aussi les pléonasmes). D’ajouter quelques lignes supplémentaires aux pages les plus sombres de l’histoire de l'humanité. J’ai regretté de ne pas avoir un flingue pour leur exploser froidement la cervelle. Une machette pour les décapiter sadiquement. Un désir de carnage. De remplir tous les éléments constitutifs de la définition du génocide :
« a) Meurtre de membres du groupe ;
« b) Atteinte grave à l'intégrité physique ou mentale de membres du groupe ;
« c) Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d'existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ;
« d) Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe ; [...]. »
Est-il utile de préciser que, par ricochet, mes pulsions meurtrières se portent aussi sur les petites vieilles du boulevard Richard-Lenoir qui nourrissent de miettes de pain ces satanés volatiles ?
En fait, la petite vieille de la photo m'a fait plus de peine qu'autre chose. Voilà, comme je suis un garçon calme, posé, réfléchi (etc.), je me raisonne et je laisse de côté ces mauvaises pulsions. Jusqu’à maintenant car je viens de découvrir la fonction « exutoire » du blog. Mort aux pigeons. MORT AUX PIGEONS. MORT AUX PIGEONS.
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